Journée professionnelle autour de la bande dessinée alternative
Publié le 4 Avril 2007
N'ayant pas assisté à la totalité de la journée professionnelle organisée par l'Agence du livre, je ne rendrai compte que de l'après-midi, qui était peut-être la partie la moins "professionnelle", mais pas la moins intéressante. Elle a débuté par une "performance bédéistique" menée dans la plus grande concentration (et dans une ambiance quasi religieuse dans la salle, excepté un fonds musical un peu étrange) par Clément Tober, jeune auteur de BD. Cette démonstration consistait à projeter sur un grand écran l'action du dessinateur en train de réaliser sous nos yeux une bande dessinée, feuille après feuille, dessin après dessin, bulle après bulle. La BD n'était pas improvisée mais j'ai trouvé intéressante l'idée de la montrer en train de se faire. Le sujet de cette BD-performance était justement celui de la "performance" elle-même, celle que Clément Tober s'était engagé à faire pour l'Agence du livre, dans le cadre des Rencontres du 9e art d'Aix-en-Provence, et source de questionnements angoissés mais très drôles.
Ensuite nous avons eu 15 mn pour visiter l'exposition Jean Solé à la galerie Zola, ce qui n'est pas du tout assez pour regarder dans le détail (et il y en a !!) les œuvres de cet artiste prolifique, expo que je vous recommande vivement.
S'est ensuivie une table ronde un peu chaotique sur les formes d'engagement de la bande dessinée alternative, modérée (le terme n'est pas très approprié) par Thierry Groensteen des éditions de l'An 2, avec deux représentants des Requins marteaux (+ 1 dans le public pour répondre sérieusement), Jean-Christophe Menu de l'Association, et Julien (un ancien de l'IUT) du diffuseur alternatif Le Comptoir des indépendants. Il est ressorti de cette table ronde, sans misérabilisme au contraire, que la BD alternative-"indé" ne se porte pas bien du tout : les éditions de l'An 2, après quatre années d'existence, se retrouvent en liquiditation judiciaire, avec pour seule issue de secours la perspective de devenir une collection d'Actes Sud, toujours dirigée par Thierry Groensteen, mais soumise à l'approbation systématique des éditeurs en chef ; l'arrêt de la revue Ferraille, publiée par les Requins marteaux, qui n'a plus les moyens de se financer, et la situation plus qu'incertaine de la maison d'édition, qui a tout juste les moyens de réaliser les ouvrages mais ne peut payer de droits à ses auteurs, bien que ces derniers (les droits) soient soigneusement comptabilisés en attendant que le miracle du best seller permette de s'en acquitter ; enfin l'Association, qui malgré une certaine stabilité grâce à des succès tels que Persépolis a vu des auteurs importants quitter la maison pour aller créer des collections chez "les grands" (voir Livres Hebdo n°663, p. 59), dont certains se mettent soudain à faire de la BD indépendante. Menu dénonce surtout le fait que ces maisons reprennent l'esthétique de l'Association, en particulier les formats et l'utilisation du noir et blanc. D'où la sortie de Plates bandes (2005), pamphlet (le terme est revendiqué) de Menu pour dénoncer la tendance des gros éditeurs à vouloir étouffer les avant-gardistes pour occuper pleinement un marché en pleine expansion. Réalité qui se confirme dans les rayons des librairies et des bibliothèques, où leur visibilité est très réduite.
Mais finalement, là où les éditeurs alternatifs se distinguent des éditeurs indépendants, c'est peut-être dans leur capacité à ne jamais se prendre totalement au sérieux malgré le pire, notamment en se réconfortant avec un bon verre de vin Ferraille (en vente dans le supermarché ferraille) ou en regardant un court-métrage tout aussi Ferraille. Il n'y aura peut-être pas toujours d'indépendants, mais il y aura toujours des alternatives (attention, je ne suis pas en train de dire que celles-ci se trouvent dans l'alcool).
Ensuite nous avons eu 15 mn pour visiter l'exposition Jean Solé à la galerie Zola, ce qui n'est pas du tout assez pour regarder dans le détail (et il y en a !!) les œuvres de cet artiste prolifique, expo que je vous recommande vivement.
S'est ensuivie une table ronde un peu chaotique sur les formes d'engagement de la bande dessinée alternative, modérée (le terme n'est pas très approprié) par Thierry Groensteen des éditions de l'An 2, avec deux représentants des Requins marteaux (+ 1 dans le public pour répondre sérieusement), Jean-Christophe Menu de l'Association, et Julien (un ancien de l'IUT) du diffuseur alternatif Le Comptoir des indépendants. Il est ressorti de cette table ronde, sans misérabilisme au contraire, que la BD alternative-"indé" ne se porte pas bien du tout : les éditions de l'An 2, après quatre années d'existence, se retrouvent en liquiditation judiciaire, avec pour seule issue de secours la perspective de devenir une collection d'Actes Sud, toujours dirigée par Thierry Groensteen, mais soumise à l'approbation systématique des éditeurs en chef ; l'arrêt de la revue Ferraille, publiée par les Requins marteaux, qui n'a plus les moyens de se financer, et la situation plus qu'incertaine de la maison d'édition, qui a tout juste les moyens de réaliser les ouvrages mais ne peut payer de droits à ses auteurs, bien que ces derniers (les droits) soient soigneusement comptabilisés en attendant que le miracle du best seller permette de s'en acquitter ; enfin l'Association, qui malgré une certaine stabilité grâce à des succès tels que Persépolis a vu des auteurs importants quitter la maison pour aller créer des collections chez "les grands" (voir Livres Hebdo n°663, p. 59), dont certains se mettent soudain à faire de la BD indépendante. Menu dénonce surtout le fait que ces maisons reprennent l'esthétique de l'Association, en particulier les formats et l'utilisation du noir et blanc. D'où la sortie de Plates bandes (2005), pamphlet (le terme est revendiqué) de Menu pour dénoncer la tendance des gros éditeurs à vouloir étouffer les avant-gardistes pour occuper pleinement un marché en pleine expansion. Réalité qui se confirme dans les rayons des librairies et des bibliothèques, où leur visibilité est très réduite.
Mais finalement, là où les éditeurs alternatifs se distinguent des éditeurs indépendants, c'est peut-être dans leur capacité à ne jamais se prendre totalement au sérieux malgré le pire, notamment en se réconfortant avec un bon verre de vin Ferraille (en vente dans le supermarché ferraille) ou en regardant un court-métrage tout aussi Ferraille. Il n'y aura peut-être pas toujours d'indépendants, mais il y aura toujours des alternatives (attention, je ne suis pas en train de dire que celles-ci se trouvent dans l'alcool).