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Novecento : pianiste, Alessandro Baricco (Lucie Masse)

Biographie


    Alessandro Baricco est né à Turin. Il a étudié la philosophie et la musique. Tout d'abord rédacteur dans une agence de publicité, tout en rédigeant des critiques et des éditoriaux pour les quotidiens La Repubblica et La Stampa, il écrit des romans qui sont guidés par son amour de la littérature et de la musique. Il publie régulièrement des romans, dont Sans sang en 2002, et des scénarios, comme La Partition espagnole, rédigée en 1987. Avec Soie, véritable succès en Italie où plus de 250 000 exemplaires sont vendus, il s'impose comme un des grands écrivains de la  nouvelle génération. Ce roman a été traduit par Françoise Brun, traductrice officielle de cet auteur :«Traduire, c'est comprendre la tonalité d'un texte. Chaque mot doit être le mot juste. La traduction fait vivre le texte, le commentaire le cloue et le tue».


Novecento : pianiste


    La sensibilité musicale d'Alessandro Baricco transparaît dans Novecento pianiste, roman rythmé par les notes s'échappant du piano du personnage éponyme. Se lisant comme une nouvelle, Novecento: pianiste est en fait, à la base, une pièce de théâtre écrite pour un seul acteur. Ce monologue théâtral (quelques didascalies en font foi) est publié au départ chez Feltrinelli (Italie) en 1994, sous le titre original Novecento : un monologo. Puis il a été traduit en français et publié par les éditions Mille & Une Nuits en 1997. Alessandro Baricco l'écrit afin qu'il soit interprété par Eugenio Allegri et mis en scène par Gabriele Vacis, ses amis. Ceux-ci présentent l'œuvre pour la première fois en juillet de la même année, au Festival d'Asti. D'après l'auteur, le texte se situe à mi-chemin entre une pièce de théâtre et un conte lu à voix haute, mais qui pourrait aussi bien être un court roman. Et le tout est un prétexte pour parler d’amitié, de raison de vivre, de musique et d’océan. En 1998, Giuseppe Tornatore réalise une adaptation cinématographique dont la version française s'intitule La Légende du pianiste sur l'océan avec Tim Roth et Mélanie Thierry.


Résumé


    L'histoire est racontée par Tim Tooney, le trompettiste de l'orchestre du Virginian, ami de Novecento et témoin privilégié de sa vie, à la fois énigmatique et fantaisiste. Il raconte la vie atypique de Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento, né et abandonné sur le paquebot en 1900. Adopté par un membre de l'équipage, appelé Danny Boodmann, il grandit à bord de ce paquebot duquel il ne descendra jamais. Après la mort de son père adoptif au cours de sa onzième année, et par une nuit de tempête, Danny se met le piano et devient un virtuose, sans jamais avoir touché une touche de sa vie. Tous ceux qui l'entendent jouer le considèrent comme le plus grand pianiste de tous les temps. Et bien que jamais descendu à terre, sa réputation le rend célèbre et un autre pianiste de génie, Jelly Roll Morton, l'inventeur du jazz, décide de le provoquer en duel, afin d'établir qui est vraiment le plus grand. Chose certaine, il fait vibrer le cœur des passagers avec son piano. Son temps est entièrement dédié à composer une musique étrange et magnifique, une musique de l'océan entendue comme un souffle dans les ports qui jalonnent son éternel voyage.


Avis


    Ce récit est, à mon avis, un pur délice. Il est écrit d'une telle façon que, lors de la lecture, on y entend la musique en parfaite harmonie avec le rythme de l'océan. Je croyais voir le piano virevoltant dans la pièce au gré des vagues, entendre la musique « merveilleuse » et j'admirais,  tout au long de ce récit, ce musicien volant avec sa mélodie au-dessus des vagues.
    De plus, l'idée de départ est formidable, un personnage principal né sur un transatlantique, orphelin recueilli par l'équipage est fort bien exploitée, avec beaucoup d'humour, de poésie. Et, jusqu'à la fin, la musique et le mystère ne nous quittent pas car Novecento préfère son monde au monde. Mais, ce qui est fascinant, c'est le fait que le personnage de Baricco vient de nulle part, n'a rien d'exceptionnel en soi  sauf le fait d'être un génie. C'est un personnage silencieux, étrange, excentrique mais qui dans son silence, cache l’union magique qui le lie à son piano. Sa vie, c'est jouer sur son piano avec l'océan. Sa mémoire se reflète au son des touches noires et blanches comme si Baricco soulignait que nos mémoires sont nos vies.
    En outre, Novecento est une confrontation entre la condition humaine délimitée dans le temps et l’immensité du monde. Novecento a peur de descendre sur la terre car pour lui la terre est comme un bateau mais sans fin, c'est l'infini qu'il redoute. Chose plutôt étonnante pour un musicien qui compose des notes à l'infini cependant sur un piano, délimité comme le paquebot.
    Néanmoins, ce que j'ai le plus apprécié à la lecture de cette œuvre, c'est la combinaison de l'histoire, une vie de " cloîtré " sur l'immensité de l'océan, avec la manière d'écrire d'Alessandro Baricco. On a le sentiment qu'elle coule de source, comme une mer à la fois calme et vivifiante. Alessandro Baricco fait naître les personnages les plus loufoques et sans leur faire perdre leur humanité, il arrive à les rendre familiers au point où tout cela semble aller de soi.
    Ainsi, c’est un récit court qui donne envie de fermer les yeux et d’emprisonner à jamais en soi la beauté du texte, pour ne jamais l’oublier. Alessandro Baricco offre humblement et sans fanfare une tranche de vie, tout en demeurant très loin du «donneur de leçon de vie». Il laisse le spectateur libre d’interpréter le sens de son récit comme il l’entend.
    J'ai tellement aimé cette œuvre que je l'ai lue plusieurs fois. La première lecture était pour mon plaisir et fut une belle découverte. La deuxième lecture était pour relire les meilleurs passages. Et la troisième lecture, c'était à voix haute, pour apprécier pleinement la musicalité et la théâtralité de l'œuvre. 

 


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