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La nuit des temps, René Barjavel (Marie-Claire Vié)

René Barjavel est né en 1911 à Nyons dans la Drôme, et est mort en 1985. Il était écrivain et journaliste français. La nuit des temps fut écrit en 1967 et publié en 1968 aux Presses de la Cité, c’est le neuvième roman de René Barjavel. Il a reçu le prix des Librairies en 1969. Le genre du livre est la science fiction, mais le réel tient une grande place. L’histoire se passe dans notre monde, à la même époque que l’écriture du roman.

Le contexte, pendant la période où écrit Barjavel est important, on est en pleine guerre froide, en pleine guerre du Vietnam, avec la peur atomique. Des révolutions se font entendre dans le Monde, les pays du Sud tentent de faire entendre leur voix. Ainsi l’œuvre tourne vraiment autour de cette période avec des références constantes.

Le ton est dramatique en globalité, il y a aussi beaucoup d’action, d’aventure. On a même quelques touches d’humour, notamment avec le personnage de Hoover, un savant américain, rond, un peu ridicule mais très sympathique.

 

L’histoire :

L’histoire commence au Pôle Sud, des chercheurs sondent la glace et détectent un signal. Il y aurait un émetteur d’ultra-sons qui fonctionnerait à une profondeur de 1000 mètres. Or, grâce à des outils scientifiques, on découvre qu’une telle profondeur correspond, en année, à 900 000 ans. Ce qui signifie que l’émetteur fonctionne depuis cette période. Les savants creusent et découvre un œuf d’or dans les profondeurs de la glace. À l’intérieur se trouve un homme et une femme, incroyablement beaux, endormis. C’est un événement mondial dont tout le monde parle, dont la presse s’empare et qui va presque rythmer la vie de la population.

Les scientifiques vont réveiller la femme en premier. On arrive à communiquer avec elle grâce à une machine, La Traductrice, conçue par un savant de la base. La jeune femme s’appelle Éléa, elle vient de Gondawa et parle le gonda, son physique est la perfection même.

Elle a été mise dans l’abri il y a 900 000 ans, à l’initiative du savant de Gondawa, Coban, le deuxième être-humain trouvé dans l’œuf, car c’était la guerre dans « leur monde », et l’Humanité risquait de disparaître. Coban a donc conçu un abri pour deux, capable de les protéger, pour qu’ils se réveillent après l’apocalypse et repeuplent la Terre. Or, les bombes nucléaires déployées pendant la guerre ont eu pour conséquence de bouleverser le système terrestre, la Terre a pivoté et Gondawa a gelé.

Grâce aux paroles d’Éléa et à un objet provenant des « bagages » des deux Gondas, qui permet de voir les souvenirs d’Éléa comme un film, on découvre le monde dans lequel vivait la jeune femme. C’est un monde idyllique dans lequel l’Homme est en parfaite communion avec la nature et a une maîtrise exceptionnelle de la Science. La population découvre donc cette autre vie humaine, si idéale que l’on a honte de soi, de l’espèce humaine et de ce qu’on en a fait.

 

 

Ce roman est particulièrement riche. Premièrement, au-delà la science-fiction, qui nous plonge dans un autre monde et permet vraiment l’évasion, c’est aussi un roman d’amour. En effet, on a deux histoires d’amour dans le roman qui s’opposent. La première est celle d’Éléa et Païkan. C’est une magnifique histoire dont les descriptions sont exceptionnelles. Le dénouement tragique est émouvant mais, en même temps, si bien pensé et conduit ! L’autre histoire est celle du personnage principal, le Docteur Simon, qui tombe amoureux d’Éléa, mais c’est un amour impossible car la jeune femme est toujours hantée par l’image de Païkan.

Par ailleurs, cette œuvre est aussi passionnante car elle s’inscrit vraiment dans son temps, elle donne au lecteur à réfléchir et transmet un message pacifiste, bien représentatif d’une époque, les années soixante. En effet, l’histoire se passe à cette période et comme on l’a dit le contexte est important. L’œuvre est une véritable critique de la Guerre froide, de la société de consommation. Elle représente bien les mouvements de l’époque (mouvements étudiants, liberté sexuelle incarnée par Éléa). On y voit les peurs de la période : la menace atomique, puisque les deux peuples, Gondawa et Enisoraï, se font la guerre par bombe nucléaire et détruisent l’Humanité. C’est donc un ouvrage très éclairant, et le fait que le réel soit décrit à travers la science-fiction montre le grand talent de l’auteur.

Les descriptions parlantes et souvent très belles, les nombreux dialogues, rendent la lecture fluide et agréable. C’est un roman facile à lire, de 380 pages, qui, d’ailleurs, est aussi édité en collection jeunesse.

On a accusé René Barjavel de plagiat pour cette œuvre, cependant, même s’il est démontré qu’il s’est fortement inspiré d’autres romans de science-fiction, notamment La Sphère d’Or de Erle Cox, je pense que l’auteur ajoute sa touche personnelle, son regard et son style.

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