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Les Bâtisseurs d’empire ou le Schmürz, Boris Vian (Cindy Level)

Boris Vian, auteur français du XXe siècle, a touché à tous les genres littéraires. Du roman à la poésie, en passant par la chanson et le théâtre comme avec les Bâtisseurs d’empire ou le Schmürz. C’est une pièce de théâtre absurde ou plutôt une tragédie burlesque dans laquelle comme dans beaucoup de ses œuvres, Boris Vian mêle donc plusieurs genres littéraires ce qui lui donne tout son cachet.

 

Résumé

 

Cette pièce de théâtre absurde met en scène une famille et sa domestique habitant un immeuble à plusieurs étages. Un bruit mystérieux les chasse de leur appartement, les poussant à monter à celui du dessus. À chacune de leurs ascensions, ils oublient des objets et arrivent dans un appartement de plus en plus petit. Zénobie, la fille, est la seule à se rendre compte du côté absurde de leur situation, mais aussi la seule à vraiment s’apercevoir du Schmürz, souffre-douleur, qui reçoit, pratiquement à chaque réplique, un coup de pied, de barre de fer, un crachat… Et cela de la part de tous les personnages à l’exception de Zénobie. Enfin, c’est aussi la seule à ne pas oublier totalement comment était précédemment l’appartement et ce qui s’y déroulait.

Puis c’est au tour des personnages de disparaître, d’abord Cruche, la domestique, puis Zénobie restée enfermée dans le couloir, puis la mère qui reste à l’étage du dessous. Il ne reste plus que le père qui perd de plus en plus la raison sauf qu’enfin il s’aperçoit de l’existence et de l’humanité du Schmürz. Le bruit retentit une dernière fois, le père reste, prêt à combattre s’il le faut ; une foule de Schmürz(s) entre dans l’appartement.

 

Partis-pris littéraires (construction, style, thèmes…)

 

Dans ce texte tout participe à la construction d’un récit absurde. En effet on remarque plusieurs thèmes bien spécifiques à ce type de récits. Par exemple la diminution des appartements, la disparition des objets ainsi que des personnages montre la fin proche qui passionnait tant les écrivains de l’absurde comme Ionesco par exemple. Cette « fin proche » est aussi bien montrée par l’oubli constant des parents qui montre leur vieillissement. Le thème de la mort va aussi dans ce sens. On peut supposer que Cruche et Zénobie étant restées dehors n’ont pas survécu, tout comme la mère qui reste à l’appartement du dessous ne répondant plus ou bien encore le père qui, face à l’arrivée massive de cette foule, a peu de chance de survivre.

La folie du père visible dans cette dernière scène par un long monologue sans pauses marque encore une fois cet absurde du langage mais aussi de la situation générale.

Le thème du temps est lui aussi très récurrent. Par exemple à la p. 38 Cruche énonce tous les jours de la semaine ne sachant plus quel jour il est. Et Zénobie lui répond d’ailleurs que « le temps passe mal ». À la page 45 on voit que la pendule a disparu, cela symbolise donc cette perte de contrôle du temps. La remémoration du passé est elle aussi très présente même si peu se souviennent de quelque chose et Zénobie essaye d’imaginer le futur. Enfin c’est la didascalie « un temps » et « un silence » qui montre cette omniprésence du temps dans les récits absurdes (ce qui se retrouve aussi beaucoup chez Beckett, dans Fin de Partie par exemple).

Il y a également les énumérations incessantes de Cruche. Dès qu’elle est interrogée, elle répond par des énumérations. Par exemple à la p.18 :

« Père : Manger quoi ?

Cruche : du veau, du potage, des radis, de la semoule, du turbot, des carottes ou de quenelles ? Ou alors de l’anguille, du salami, du fricandeau, de la tête de porc vinaigrette ou de moules ? »

 

Le personnage du Schmürz est quant à lui vraiment représentatif de cette absurdité totale. Étant présent dans le titre, et partout dans la pièce de théâtre alors que tous les autres disparaissent on peut même le considérer comme personnage principal. Il est muet, couvert de bandages et se fait maltraiter par tous (p.11-12 ou p.18). Il peut aussi représenter le « non-dit », le refoulement ou les secrets de famille. Tout le monde est en fait conscient de son existence mais chacun fait aussi semblant de ne pas le voir. Mais il peut aussi avec le bruit faire penser à une guerre. En effet le mouvement absurde est principalement né des préoccupations dues aux menaces du nucléaire.

 

Avis personnel

 

J’ai choisi ce livre car je l’ai vraiment adoré. En cours de littérature en terminale on en avait parlé et j’ai donc eu envie de le lire, ce que j’ai fait. Ce livre maniant très bien la rencontre entre tragédie et burlesque, donnant un résultat totalement absurde, m’a tout de suite conquise. Contrairement à certains auteurs de l’absurde qui ne laisse souvent moins de place à l’humour, Boris Vian ici l’utilise totalement. Tout ce mélange rend donc ce livre à la fois très drôle et inquiétant. À lire absolument !

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