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15 janvier 2022 6 15 /01 /janvier /2022 11:09
"American Pie", Paul et Chris Weitz (1999)

"American Pie", Paul et Chris Weitz (1999)

Des teen movies (ou des films pour adolescent en français), tout le monde en a déjà vu un ou en a au moins entendu parler. De American Pie à À tous les garçons que j’ai aimés en passant par Scream, c’est un genre qui a pleinement sa place dans le cinéma. Mais celui-ci a souvent, et encore aujourd’hui, été décrédibilisé par la critique. Il y a une certaine gêne à dire qu’on apprécie pleinement ce genre de film. Si les teen movies ne sont pas vraiment reconnus par les cinéphiles, ils sont pourtant intéressants à analyser. De plus les idées véhiculées ne sont pas anodines et jouent un grand rôle d’influence qu’on ne peut nier, surtout vis-à-vis du public visé.

Un genre entièrement dédié à l’adolescence et à l’adolescent

Comment définir un teen movie ? Si le terme englobe plusieurs sous-genres du cinéma, allant de la comédie à l’horreur et même au drame, le teen movie pourrait être défini par des films pour adolescents et/ou sur des adolescents. Le public visé est donc souvent les adolescents eux-mêmes et les films sont construits d’une façon où une catégorie de spectateurs sont exclus, à savoir les adultes. Le rejet du monde des adultes est d’ailleurs un sujet que l’on retrouve régulièrement au cœur de ces films. Les teen movies reprennent très souvent l’univers adolescent, les films se déroulent dans le cadre scolaire ou durant les vacances scolaires. Les thématiques abordées touchent les problématiques adolescentes telles que l’école, le premier amour, la virginité, la recherche d’identité, etc. Des sujets importants pour les jeunes qui vivent cette période. Mais pourquoi ce genre si méprisé est finalement si important par rapport aux publics qu’il vise ?

"The Edge of Seventeen", Kelly Fremon Craig (2016)

"The Edge of Seventeen", Kelly Fremon Craig (2016)

Entre 12 et 17 ans, l’adolescent est en pleine construction de son identité

L’adolescence concerne en moyenne les individus de 12 à 17 ans. Si elle peut commencer un peu plus tôt et finir bien plus tard, c’est cette tranche d’âge qu’on cherchera à atteindre avec les teen movies. Et c’est pourquoi, ce genre de film et les idées qu’il véhicule ne sont pas à prendre à la légère. Au collège et au lycée, l’adolescent est en pleine construction de son identité. Il se cherche, cherche à comprendre sa place dans la société, se détache de ses parents et de toute les figures d’autorités. Lorsqu’on est adolescent on veut ressembler à ses idoles, à ses pairs, on se base sur nos artistes préférés, nos influenceurs préférés, nos films préférés. C’est pourquoi le regard posé sur les adolescents et leurs représentations dans les teen movies est crucial et déterminant sur une génération.

"Clueless", Amy Heckerling (1995)

"Clueless", Amy Heckerling (1995)

Adrienne Boutang et Célia Sauvage, chercheuses en cinéma, expliquent : « Les teen movies oscillent entre une artificialité façonnée par des stéréotypes reconnaissables, et le désir d’être en phase avec les goûts et modes changeants de son public, entre conventions et visées réalistes ». Nous avons donc un genre qui peut à la fois répondre à des clichés bien loin de la réalité dû à une vision fantasmée des adultes et à la fois avoir l’ambition de partager un vécu réel. Mais c’est tout le problème de l’adolescence. Il est difficile de représenter toute une classe comme l’adolescence tant elle est diverse, il y a autant de façons de la raconter qu’il n’y a de personnes qui traversent cette époque, c’est-à-dire tout le monde. Tout le monde est adolescent un jour.

 

Les adolescents, un public que les adultes ont à cœur d’éduquer

Mais alors comment faire un « bon » teen movie, avec toutes les nuances de ce que peut être un bon film. Un bon teen movie serait peut-être un film qui essaye au mieux de comprendre les adolescents et de vraiment essayer de se mettre à leur place plutôt que d’essayer d’inculquer des valeurs personnelles qui ne plaisent qu’à ce que la société attend. Se poser la question par exemple de la légitimité de mettre des acteurs de 25 ans avec un corps d’une personne de 25 ans, pour jouer un rôle d’un jeune de 16 ans. Se demander si faire mourir en premier dans les films d’horreurs les adolescents ayant des relations sexuelles et laisser la fille vierge en vie, comme dans Halloween de John Carpenter, ne véhicule pas une idée un peu trop conservatrice. Re-réfléchir au regard que posent les adolescents entre eux. Dans les teen movies, les filles parlent de leur première épilation, premier soutien-gorge, premier maquillage…, tout un rite de passage adolescent genré et plein d’injonction patriarcale et des réflexions qui s’attardent plus au regard qu’ont les autres sur elles plutôt que leur regard envers elle-même.

"Halloween", John Carpenter (1978)

"Halloween", John Carpenter (1978)

Au final, l’adolescence c’est plein d’ennui

Les histoires racontées sont également très illusoires. Finalement, beaucoup de teen movies sont dans le sensationnel et, sans vouloir que tous les films qui parlent d’adolescence sans correctement la raconter n’existent plus, il serait peut-être intéressant d’avoir une vision plus proche de ce qu’est réellement l’adolescence. Un adolescent lambda fait souvent la même chose, voit les mêmes personnes dans les mêmes lieux. Les collégiens ont rarement des soirées tous les week-ends et les lycéens ne partent pas toujours en vacances un mois seuls avec leurs amis. Cela arrive mais ce n’est pas la majorité des cas. Les teen movies peuvent avoir tendance à dépeindre une adolescence où des milliers de choses exceptionnelles se passent alors que la réalité est bien plus banale.

"Les Beaux Gosses", Riad Sattouf (2009)

"Les Beaux Gosses", Riad Sattouf (2009)

Si on peut retenir une chose, c’est que dans un teen movie, il faut faire attention aux idées et aux représentations véhiculés car elles ont une grande influence sur les jeunes spectateurs. Et s’il est difficile de dépeindre une image universelle de l’adolescence et de proclamer quelles valeurs sont mieux que d’autres, les teen movies gagneraient à plus tendre vers des films qui s’adressent entièrement aux adolescents, en les prenant au sérieux, représentant de réelles problématiques qu’ils traversent, sans leur donner de leçon ou leur faisant la morale.

 

 

 

Pour approfondir le sujet du teen movie, vous pouvez vous procurer le très complet essai "Teen Movies" de Adrienne Boutang et Célia Sauvage aux éditions Vrin.

 

https://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/
 

Les sources qui ont aidé à la rédaction de l'article :

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