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A vous de jouer !

20 février 2021 6 20 /02 /février /2021 18:00

Qui n’a encore jamais entendu parler de l’incontournable série Le Jeu de la Dame, apparue sur Netflix en octobre dernier, dont le succès international a réveillé des passions jusqu’alors insoupçonnables pour les échecs ?

Au-delà de l’intérêt massif porté pour ce jeu de réflexion à l’impact commercial sans précédent, cette série s’inscrit dans une époque toujours très peu dominée par le féminisme, pourtant placé au cœur de l’œuvre. Le personnage déconcertant de Beth Harmon, joueuse d’échecs à l’avenir prometteur incarnée par Anya Taylor-Joy, n’est autre que le message caché de l’histoire, un message basé sur la volonté d’apporter un regard nouveau sur la condition féminine.

Synopsis

Alors que sa mère est morte, Beth Harmon est placée dans un orphelinat à l’âge de neuf ans. En parallèle d’un problème d’addiction aux médicaments qui la suivra tout au long de sa carrière, la jeune adolescente va secrètement apprendre à jouer aux échecs avec le gardien de l’orphelinat au sous-sol de l’établissement. Son talent remarquable lui permet de se faire connaître dans le monde des échecs et d’affronter les plus grands joueurs aux quatre coins du monde, accompagnée par sa mère adoptive. Elle va ainsi tout mettre en œuvre pour devenir la plus grande joueuse d’échecs du monde.


 

Cette série s’avère être un chef d’œuvre dans tous ses domaines de réalisation, des décors à la bande-son, en passant par un jeu d’acteur exceptionnel qui fait l’objet d’une histoire qui tient les spectateurs en haleine du début à la fin. Toutefois, ce personnage au caractère bien trempé comporte une facette imperceptible à première vue, mais trop souvent négligée lorsqu’elle est dévoilée : celle d’un personnage éternellement féministe.

Beth Harmon : un personnage féministe décalé

Le point fort que nous avons relevé de cette série après l’avoir dévorée, c’est la délicatesse avec laquelle le réalisateur manie les caractéristiques du féminisme. En effet, bien que ce mouvement soit d’actualité, l’héroïne féministe du Jeu de la Dame présente des spécificités en comparaison d’autres séries féministes proposées par Netflix et, plus généralement, des groupes militants du XXIe siècle.

Le féminisme de la fin du XXe siècle se traduit par le devoir d’accomplissement d’une dernière mission pour l’humanité : finaliser le processus d’égalité hommes/femmes au sein de leur vie familiale et professionnelle. Cette mission n’est malheureusement pas réalisée au début du XXIe siècle, un échec qui fera l’objet d’une quatrième vague dans l’Histoire du féminisme. De fait, alors que ce mouvement s’étend de façon exponentielle sur les réseaux sociaux à l’ère du numérique, le terme de « féminisme » redevient péjoratif, comme il l’a longtemps été dès l’apparition de la première vague. Les féministes sont ainsi qualifiées de « violentes », « hystériques », et d’autres adjectifs qui détériorent d’autant plus leur image. Par conséquent, le féminisme occupe une place très présente dans les films et les séries des dix dernières années, et ses caractéristiques sont parfois déployées avec franchise et impudicité.

À l’inverse des féministes du XXIe siècle qui tendent à vouloir ressembler aux hommes, Le Jeu de la Dame met en scène un personnage solidement féminin. En effet, Beth Harmon fait preuve d’une incroyable élégance dans ses vêtements chics de la mode des années 60, et sa beauté froide ne laisse pas les hommes indifférents. Bien qu’elle baigne dans un univers « masculin », la jeune femme sait rester féminine et s’impose comme une joueuse d’échecs d’exception au même titre que les hommes sans pour autant leur ressembler, et cette distinction ne l’empêche en rien d’atteindre son objectif. D’autant plus qu’elle ne déteste pas les hommes à l'inverse d'un grand nombre de féministes du XXIe siècle, sans pour autant les adorer. Il semblerait simplement qu’elle ne leur accorde que très peu d’importance et qu’elle soit tout à fait indifférente à cette particularité, qui n’est pour elle qu’un détail. Ainsi, la jeune femme reste focalisée sur son jeu d’échec tout au long de l’histoire, de la même manière que les hommes sont davantage surpris par son talent que par son sexe, bien qu’il soit peu commun pour une femme d’affronter des hommes à cette époque.

Les années 60 représentent une époque encore très peu impactée par le féminisme en ce qui concerne la place des femmes dans la société, ces dernières étant majoritairement destinées à être mères au foyer. Le Jeu de la Dame met en scène une héroïne qui, malgré ses problèmes familiaux complexes, se montre autonome et indépendante, en plus d’être célibataire et de ne dépendre d’aucun homme. Bien que cette série soutienne la liberté de la femme, elle n’en présente pas moins d’autres femmes au foyer, comme l’ancienne camarade de classe de Beth Harmon : deux modes de vie différents sans que ces derniers soient dégradés.

Un autre élément est à prendre en compte à l’issue d’une petite analyse sur la manière dont le féminisme est mis en valeur dans cette série. En effet, alors que les viols et les agressions sexuelles restent un sujet très tabou et qu’ils sont la première cause des actions féministes, Le Jeu de la Dame ne laisse aucune femme apparaître sous le statut de victime, à l’inverse de nombreux films et séries de nos jours qui souhaitent dénoncer ces atrocités au travers d’images crues. Elles vivent dans une société dans laquelle elles ne craignent rien et sont en sécurité tout autant que les hommes.

Ainsi, l’héroïne du Jeu de la Dame est un personnage aux caractéristiques féministes qui sortent de l’ordinaire puisqu’il est rare de nos jours d’aborder le féminisme d’une telle manière. Beth Harmon ne manifeste aucunement les stéréotypes que l’on retrouve habituellement dans les films et les séries féministes de Netflix, ce qui fait du Jeu de la Dame une œuvre à part entière captivante et incomparable avec d’autres séries du même genre, sous oublier que le thème des échecs est inédit.

 

Élise Alboreo et Emma Mornon

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