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© Ronald Van Cauter, 2006

 

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A vous de jouer !

20 mars 2021 6 20 /03 /mars /2021 18:02

     2020 a été une année chargée en émotions. Ce climat de stress et de peur est un terreau fertile pour toutes les théories du complot et si je ne pense pas qu'il y en ait eu plus que les années précédentes, j'ai l'impression qu'elles ont été bien plus nombreuses à être médiatisées.

C'est donc l'occasion idéale pour parler un peu de ces croyances obscures et ces idées fantaisistes!

Pour commencer, rien de mieux qu'une piqûre de rappel sur ce qu'est le complotisme.

     Contrairement à ce que je viens de dire, le complotisme n'est pas une idée obscurantiste et fantaisiste mais l'expression d'une crainte ou d'une peur. Les complotistes ne sont pas des ignares guidés par un gourou qui profite d'eux comme une secte. Ce sont des personnes de tout âge, toutes nationalités, ethnies et sexes, de tous niveaux d'études qui partagent une peur. Peur de l'inconnu, peur d'un danger ou même peur des autres.

     C'est ça un complotiste, un membre d'une communauté qui cherche à se rassurer. Et vous vous demandez surement, si vous connaissez quelques unes des théories du complot les plus connues, comment cela peut rassurer de se dire que "les aliens ont construit les pyramides", que "la terre est plate" ou qu'une "société secrète dirige le monde" ? Ces théories rassurent car elles donnent un responsable, un ennemi et/ou une réponse cohérente avec ce que l'on sait et ce que l'on voit malgré leur aspect anxiogène pour certaines. Comment de simples hommes auraient pu construire de tels monuments il y plus de 5 000 ans et pourquoi la forme pyramidale est si répandue autour du monde ? Comment la Terre pourrait-elle être ronde et tournée si je la vois plate et immobile ? Comment les crises économiques et les inégalités peuvent perdurer dans l'Histoire sans que aucun dirigeant ne fasse quoi que ce soit ?

     Le complotisme cherche des réponses à des questions qui inquiètent et dont les réponses fournies par une autorité (scientifique ou politique) sont en désaccord avec les croyances des complotistes. Ajoutez une méfiance plus ou moins justifiée des autorités, un manque de compréhension de certaines données et une question avec une réponse floue ou peu intuitive et voilà, vous obtenez une théorie du complot. Certaines sont bénignes et peuvent même se confondre avec des réflexions spirituelles ou des remarques sur l’incohérence de nos sociétés, après tout avant d'avoir raison les lanceurs d'alertes, les scientifiques qui étudient des pans méconnus de la science ou même certains penseurs philosophes et politiques sont traités de complotistes avant que la vérité ne soit faite. Mais d'autres théories sont plus dangereuses, pouvant mener à la mort de certains adeptes. Il est donc important de pouvoir les identifier.

Réussir à identifier une théorie du complot, les bases.

     Pour être honnête il n'y a aucun moyen sûr d'identifier les théories complotistes. Si certaines sont faciles à identifier, elles sont très minoritaires et les autres reposent soit sur un niveau de méfiance très élevé et il est impossible de trouver des preuves affirmant ou infirmant la théorie, soit elles reposent sur une méconnaissance scientifique et il faut généralement avoir un bagage de connaissance important dans un grand nombre de disciplines. Cependant on peut identifier des éléments qui nous permettront d'augmenter notre niveau de méfiance.

     J'ai pu identifier par moi même quelques éléments récurrents.

  • -Un sujet d'actualité : Les thèses complotistes sont souvent des sujets récents et importants, événements politiques, catastrophes et accidents, nouvelles technologies ou encore découvertes scientifiques. Plus un sujet est récent, plus il est méconnu surtout par le grand public. C'est donc ici que la majorité des théories du complot voient le jour.

 

  • -Coïncidence, corrélation et causalité : Beaucoup de théories du complot reposent sur la mauvaise interprétation d'événements qui ne sont pas liés (ou qui le sont) d'une tout autre façon. Beaucoup de personnes sautent les étapes et voient des liens de cause à effet là où il n'y a qu'une coïncidence ou plus généralement un lien de corrélation (c'est à dire que deux éléments sont lié d'une manière ou d'une autre mais les conditions dans lesquelles s'est déroulé l'événement [accident test, etc.] ne permettent pas d'identifier ce lien).

 

  • -L’accumulation et l'opposition : Dans les thèses complotistes les arguments se succèdent très rapidement, il y en a beaucoup mais ils sont généralement peu développés et se contredisent. De plus, ces arguments ont rarement pour but d'affirmer la thèse défendue mais plus d'infirmer la thèse officielle.

     Les théories du complot se servent des zones d'ombres des thèses officielles pour y placer leurs argumentaires. De plus l'argumentaire est rempli de biais cognitifs et les arguments ne forment que rarement un tout cohérent. Mais les complotistes ne manipulent pas volontairement et malgré le prosélytisme dont ils font preuve (ce qui est logique car si vous déteniez la vérité vous aussi vous souhaiteriez la partager), ils sont victimes de leur propre méfiance, une méfiance qui se justifie dans le monde de surinformation, de désinformation et d'instabilité aussi bien économique que sociale ou politique.

Pour vous aider dans votre recherche de vérité je peux vous conseiller le site Théories du complot qui tente de manière ludique de vous entrainer à repérer ces théories.

La cible est donc identifiée, le sujet est bien défini, il est donc temps de s'attaquer au sujet de cet article.

Comment trouver la vérité.

     Avant même de chercher à débattre avec des complotistes, il faut s'assurer qu'on ait raison : qu'on ait les preuves suffisantes pour démolir les croyances complotistes et qu'on comprenne ces preuves pour pouvoir les défendre. Car avant de mettre en tort les autres, il faut d'abord être sûr qu'ils ont tort et si possible avoir une piste de vérité et des preuves. Et la tâche s'avère plus compliquée qu'attendu car vous allez voir que même avec la meilleure volonté du monde les embuches entre la vérité et nos connaissances ne manquent pas.

Avant de vous présenter quelques freins qui vous empêchent de dénicher la vérité, petit avertissement : Il est impossible d'avoir toujours raison, le but ici est d'avoir tort le moins souvent possible. C'est exactement le but de la science, rechercher la vérité et s'en rapprocher le plus possible. Les concepts que je vais présenter ne se limitent pas aux thèses complotistes et je vous encourage vivement à les intégrer dans votre quotidien.

     L'erreur est humaine et malgré notre volonté de devenir des êtres rationnels, nous sommes avant tout des animaux sociaux et émotionnels. Mais nous pouvons limiter notre marge d'erreur avec une meilleure compréhension du monde qui nous entoure et de nous même. L'un des facteurs contre lequel on peut lutter ce sont les biais cognitifs que j'ai déjà évoqués. Les biais cognitifs modifient, de manière inconsciente, notre jugement et notre discernement. Deux m'intéressent particulièrement ici, le biais de confirmation et le biais de surconfiance. Ces deux biais sont parmi les plus courants dans les thèses complotistes à mon sens et méritent qu'on y fasse plus attention.

Le biais de confirmation consiste à préférer les informations allant dans le sens de nos croyances/connaissances. C'est pourtant tout l'inverse qu'il faut faire, quand une information va dans notre sens et confirme nos opinions c'est à ce moment qu'il faut se méfier, "c'est trop pour être vrai".

Le biais de surconfiance est encore plus pernicieux car il arrive quand on s'intéresse à un nouveau sujet. C'est l'impression d'être un expert alors qu'en vérité on ne comprend pas vraiment le sujet. Comme nous ne connaissons pas encore très bien le sujet, le peu de connaissances que l'on a dessus nous donne l'impression de très bien le connaître. Donc même si votre interlocuteur ou vous même êtes confiants ce n'est pas une raison pour croire sur parole.

Si vous voulez en savoir plus sur les biais je vous laisse avec Olivier Sibony qui connaît bien mieux la question que moi.

     Les biais cognitifs ne sont pas nos seuls adversaires, notre fonctionnement cognitif est aussi à remettre en cause. Selon Daniel Kahneman, l'homme a deux modes de pensée qu'il appelle système un et système deux. Le premier système est inné, nous l'avons tous depuis notre naissance et l'on pourrait aussi l’appeler système intuitif. Il juge si l'information est vraie ou non de manière rapide mais peu fiable. Le deuxième système est acquis, il faut donc l'apprendre. Il pourrait par ailleurs être appelé système analytique dû à sa capacité à analyser et comparer les informations. Un de ses inconvénients marque un avantage : il est plus lent mais plus fiable.

Dans le meilleur des mondes nous utiliserions tous le système analytique mais il faut le reconnaître le système un est bien pratique et surtout moins coûteux en temps et en énergie. Il faut donc de l'expérience pour utiliser au mieux ces deux systèmes et savoir quand utiliser l'un ou l'autre. Quand on a un doute, qu'une information semble étrange ou au contraire trop parfaite il vaut mieux privilégier le système deux mais je laisse Christophe Michel de la chaîne YouTube Hygiène Mentale vous l'expliquer.

     Un dernier point sur lequel on peut focaliser notre attention c'est sur les niveaux de preuves. Les sens humains et la mémoire sont peu fiables et de nombreuses études le confirment. Les témoignages sont donc eux aussi peu fiable car ils reposent souvent sur les sens ou la mémoire. Il est donc préférable de considérer un témoignage comme un indice plutôt qu'une preuve. De plus le témoignage repose sur la croyance en la parole de l'autre, c'est pour cela que les témoignages même de vos proches, ne constituent pas une preuve pas plus que le témoignage d'un expert, même un prix Nobel. Certes il est plus raisonnable de faire confiance à un expert plutôt qu'à un inconnu mais s'il n'apporte pas de preuves on ne peut le croire sur parole, surtout si il s'exprime hors de son domaine.

Ce qui est avancé sans preuve peut être rejeté sans preuve.

Il en va de même pour les croyances populaires, si ce que vous pensez vient d'un "on dit", que c'est dans votre famille depuis des générations ou que des milliers voire des millions de personnes pensent comme vous, cela ne constitue toujours pas une preuve. Ce n'est pas parce que la majorité des gens pensent quelque chose que cette chose est vrai.

Une preuve c'est donc une étude, un protocole de recherche et d'expérimentation qui a mené à une ou des observation(s). Mais une étude isolée n'est pas une preuve solide, pour cela il vous faudra plusieurs études qui arrivent à la même conclusion. Si ces études sont reproductibles dans des conditions diverses avec des moyens différents et que toutes arrivent à la même conclusion alors là vous avez une preuve en béton.

https://cenestquunetheorie.wordpress.com/2018/03/10/methodes-1-ce-nest-quune-theorie-les-differents-niveaux-de-preuve/

https://cenestquunetheorie.wordpress.com/2018/03/10/methodes-1-ce-nest-quune-theorie-les-differents-niveaux-de-preuve/

Comment ouvrir le dialogue.

     Nous sommes maintenant plus proche de la vérité et nous pouvons engager le dialogue. Encore une fois les faits évoqués ici ne se limitent pas à contrer les thèses complotistes, le but est avant tout d'échanger et d'avancer un peu plus vers la vérité avec l'autre.

La première chose dans une discussion c'est de rester courtois mais pas seulement, il y a plusieurs façons d'exprimer son désaccord et toutes ne sont pas bonnes. Nathan Uyttendaele (de la chaîne Chat Sceptique)l'a très bien illustré avec sa cible de Graham inspirée par les travaux de Paul Graham. Cette cible met en avant une ligne rouge à ne pas dépasser pour garder un dialogue sain et ouvert.

En partant du centre il s'agit de nuancer et de faire avancer le débat en analysant le fond, de juste contredire pour exprimer son désaccord jusqu'à attaquer la forme voire la personne. Si attaquer la forme ou la personne décrédibilise facilement les propos de son interlocuteur, cela ne contribue en rien au débat et empêche l'un des partis de s'exprimer.

Contredire avec ou sans argument n'aide pas vraiment non plus. Donner des arguments permet au moins à l'autre parti de prendre conscience d'un autre point vue et peut-être de changer son propre avis. Mais dans tous les cas contredire c'est créer une opposition, ce qui provoque souvent des réactions violentes et une stérilisation du débat.

Le mieux reste donc de réfuter le fond. Réfuter n'est pas contredire, on ne soutient pas une thèse opposée mais une thèse juste. On peut donc ne réfuter qu'une partie d'une thèse. L'avantage c'est de ne pas créer d'opposition, on explique à l'autre pourquoi sa thèse est fausse (ou en partie fausse) et on peut chercher la vérité ensemble. On ne défend pas son point de vue contre un autre, on recherche une vision commune et surtout la plus juste possible.

https://fr.tipeee.com/chatsceptique/news/60905

https://fr.tipeee.com/chatsceptique/news/60905

     Même avec la meilleure volonté du monde il peut arriver un moment où le débat se bloque, la discussion s'envenime. Le mieux à faire est de mettre la conversation en pause le temps que les esprits se calment mais il est difficile de s'arrêter dans ce genre de cas, il faut donc débloquer le débat. L'aide d'un médiateur neutre (au moins d'apparence) peut être utile mais là aussi ça peut être compliqué. Quand les deux thèses sont opposées la situation est souvent la même, chacun des partis demande des preuves. On peut alors faire quelque chose qui va demander la bonne foi de tous : tenter de réfuter l'hypothèse la plus simple à réfuter. Dans le cas d'une théorie du complot il est souvent question de l’existence de quelque chose que l'on nous cache. Dans ce genre de cas l'hypothèse la plus simple à réfuter c'est la thèse de l’existence d'un complot, car trouver une seule preuve valide la thèse là où prouver l'inexistence demande de vérifier une à une toutes les potentielles preuves.

Si une preuve est trouvée, l’existence ou la véracité de la thèse n'est donc plus hypothétique. Il faut donc considérer comme vraie la thèse que l'on soit d'accord ou non.

Si aucune preuve n'est trouvée il faut donc considérer la thèse comme fausse jusqu'à preuve du contraire.

C'est le principe de consensus scientifique qui n'est pas si éloigné d'une forme de croyance. Tant qu'aucune thèse n'est prouvée, l'on choisit de croire la thèse la plus probable. C'est une forme de rationalisation des croyances sur l'inconnu.

Je vous laisse avec Nathan qui l'explique bien mieux que moi et avec des exemples.

    À cet instant vous devez sûrement vous dire "C'est bien beau tout ça mais ce que tu nous dis depuis le début repose sur la bonne foi et une pensée rationnelle." Et il est vrai que les complotistes sont rarement rationnels même s'ils sont sincères. Et c'est peut-être ça le plus terrifiant avec les théories du complot, vous ne pourrez jamais faire changer d'avis un complotiste convaincu. Pire ! Si vous essayez vous ne ferez que le renforcer dans ses croyances.

Mais cela ne veut pas dire que vous ne pouvez rien faire, les complotistes s'enferment souvent dans ces communautés complotistes parce qu'ils se sentent rejetés. Et c'est un cercle vicieux car plus ils adhèrent aux théories du complot, plus ils se coupent des autres. Le mieux est donc d'éviter le débat et de garder un lien avec la personne, ne pas l'exclure est la meilleure chose à faire.

Pour conclure, le plus important est de développer un esprit critique avant d'adhérer aux théories du complot. Construire son esprit critique demande beaucoup d'expérience mais aussi beaucoup de connaissance et aujourd'hui, où le savoir est facilement accessible via internet (surtout grâce aux vulgarisateurs notamment sur YouTube) l’élitisme de la science se délite petit à petit.

Il faut donc en profiter, s’éduquer et découvrir le monde dans lequel on vit. Parce que même la théorie la plus fantasque inventée par un humain, complotiste ou écrivain, scénariste ou rêveur, reste incroyablement moins époustouflante que la réalité. C'est ça le message que j'ai tenté de vous transmettre dans cet article que j'ai voulu synthétiser et rendre accessible le plus possible mais cela le rend très/trop surfacique. C'est pour cela que je vous conseille de vous intéresser à la science sous tous ses aspects comme la zététique: la science du doute.

Et pour vous aider voici un petit melting-pot de quelques vulgarisateurs vidéastes sceptiques :

Chat Sceptique

Hygiène Mentale

La Tronche en Biais

DEFAKATOR

Le corbeau qui croit

Mr. Sam - Point d'interrogation

The Sciencoder

horizon-gull

Les Décodeurs et leur Facebook

Liste non-exhaustive, n'hésitez pas à en chercher plus!

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